Steve Jobs est mort. Je ne l’ai jamais rencontré, ni même parlé avec lui. Je n’ai jamais utilisé de Mac, je n’ai pas eu d’Ipod, juste un Ipad et un Iphone.

Mais même sans avoir contribué à son immense fortune, il a changé ma vie, comme celle de la plupart d’entre nous. Peut-être plus par la culture de son entreprise, par l’influence si exceptionnelle qu’il a démontrée sur son succès, que par les objets qu’il a, dit-on, conçus en grande partie lui-même.

Il est coutume de dire que c’est un génie, qui a su, pendant 35 ans, deviner ou sentir bien avant que nous n’en ayons conscience nous-même, et quel que soit l’endroit de la planète que nous habitions, quels seraient les produits dont nous rêverions un jour de nous servir. C’est absolument unique, sans doute, d’avoir été non pas l’homme d’une invention universelle, mais de plusieurs. Presque sur commande. Chaque année son innovation.

Mais pour moi, son génie est presque ailleurs. Bâtir une entreprise qui est la deuxième capitalisation mondiale, en être débarqué sans ménagement, n’avoir pas cessé de la rêver quand on est revenu lui demander de la sauver et y réussir si magnifiquement, c’est là encore, unique.

Avoir su, d’instinct, comment inventer pendant 35 ans des produits et des services qui trouveraient plus qu’un public, une communauté d’inconditionnels, ne peut laisser que des millions de patrons envieux et curieux. Car la relation unique des utilisateurs avec l’entreprise dont le simple logo était dès l’origine en décalage avec tout ce qui s’était fait avant, et n’a plus changé, cette relation reposait avant tout et presque uniquement, sur la personnalité mystérieuse de ce patron jeune et qui avait rejeté les attributs de ses homologues : ni cravate, ni costume. Juste un jean et un pull noir à col roulé.

Mais sa relation à ses collaborateurs était probablement encore plus surprenante. Il n’est pas fréquent qu’un patron autoritaire, secret, maniaque, presque paranoïaque, soit adulé constamment à ce point. On peut respecter le génie de l’homme, adorer la quiétude que la sûreté de son jugement et de sa vision vous procure pour votre propre avenir. Mais les collaborateurs de la marque que j’ai pu rencontrer l’aimaient comme on aime un père. Or ce père était bien jeune, même hier, à 56 ans.

Bien jeune pour mourir.

Et là encore, il a été exemplaire. Il a été capable de travailler à l’Ipad2 et de venir l’annoncer lui-même, dans un de ses one-man-shows célèbres qui vont nous manquer. Il a su aussi, inventer le déménagement du siège de son entreprise sur le terrain mythique qui a vu la naissance de la Silcon Valley, là-même où Hewlett et Packard on lancé la micro-informatique.

Ce siège écologique, humain dans sa démesure, pensé pour le siècle dont il n’aura connu que les 11 premières années.

So long Steve, tu nous manques déjà.

Merci pour tout.

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