Dans une interview donnée à Sud-Ouest le 31 juillet, Youssef Chraïbi, président de l’association marocaine des centres d’appels, présente la position des principaux incriminés par le ministre français, Laurent Wauquiez.

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Pas sûr que ses propositions et remarques apaisent le débat actuel. En résumé, le Maroc n’a crée que la moitié des créations d’emplois français dans ses call centers l’an passé, avec un total de 26.000 emplois, contre 250.000 en France. Et les emplois créés sont autant d’immigrés potentiels arrivant en moins en France.
Certes, le ministre n’est pas des plus avertis sur ce secteur nouveau pour lui, mais de là à lui présenter des arguments simplifiés, pour ne pas dire plus, il y a un pas que même un télévendeur de vérandas hésiterait à franchir.

Selon Mr Chraïbi, la France pourrait, en calquant sa politique fiscale sur celle du Maroc, obtenir les résultats attendus, à savoir le retour des call centers off-shore sur le territoire national. Il indique pourtant dans le paragraphe précédent, que le salaire moyen y est de 400€ mensuels, contre plus du triple en France. Il resterait donc un écart plus que substantiel à combler.

Quant au nombre d’emplois crées en France, Mr Chraïbi doit aussi prendre en compte ceux qui ont été détruits. Car, avec un effort accessible, on trouvera facilement dans les statistiques de 2003 un chiffre d’emplois en France strictement égal à celui d’aujourd’hui, 250.000.

J’ajoute que de nombreux échanges sur ce sujet depuis que j’exerce, m’ont conduit à me méfier des statistiques : quels sont les moyens de décompter ces emplois, en particulier dans les call centers internalisés ? Ces employés des banques, assurances, exerçant à temps partie cette activité ?
Quant au chiffre de 26.000, il me semble faible comparé au chiffre global annoncé souvent, de 60.000 emplois en off-shore. Où se trouveraient donc les 34.000 autres ?
Je ne sais pas comment Laurent Wauquiez, et peut-être également Christine Lagarde, vont goûter le rapprochement fait par Monsieur Chraïbi avec le dossier de train à grande vitesse et l’action volontaire pour maintenir un bon niveau d’enseignement du français au Maroc. On peut parfaitement comprendre que le gouvernement marocain ait envie de mettre les points sur les I à ses homologues français. J’avais pressenti qu’il ne se passerait pas longtemps avant que nos amis de la rive sud de la Méditerranée n’évoquent à propos du projet de Laurent Wauquiez, des mesures discriminatoires à leur endroit.
Je ne voudrais pas être à la place de notre ministre, qui s’oriente vers un choix entre transformer son arsenal en pétard mouillé et se couvrir de honte, et maintenir sa position et enfoncer le clou et entamer un très long processus de débat difficile avec les professionnels dont on devine déjà les actions de lobbying actif, les institutions marocaines et tunisiennes, et ensuite, au moment d’une éventuelle application, les donneurs d’ordres français, au rang desquels les grandes entreprises publiques ou proches de l’État ne sont pas les moins engagées en off-shore.

Le contre-feu lancé ce week-end avec une poignée de PME envisageant de rapatrier une partie non définie de leurs activités off-shore, sous conditions non plus précises d’aides de l’État, risque bien d’être insuffisant pour éteindre l’incendie.

Reste qu’il faut réellement traiter le sujet.

Les emplois dans les call centers présentent deux caractéristiques qui fondent leur intérêt pour le gouvernement : ils sont appelés à croître considérablement, et ces sont sans doute parmi les seuls dans ce cas. Ensuite, ils intéressent des populations jeunes et pas forcément diplômées. Elles possèdent donc deux vertus qui obligent le gouvernement à s’y intéresser dans tarder. Car le rapatriement de ceux qui sont déjà partis, souvent après des plans sociaux coûteux, reste improbable.

Sauf à ce que l’État exerce une pression qu’il sera difficile de qualifier d’amicale, envers les entreprises sur lesquelles il possède un droit d’action. Et là, on imagine que l’efficacité peut être au rendez-vous. Et pour cela, nul besoin de décret. Des assises genre dîner entre amis suffiront.

Pour autant, les causes ne seront pas éradiquées et l’interventionnisme d’un État proclamé libéral pourrait bien poser des problèmes d’affichage politique.
Il faut bien constater que le problème posé dépasse largement le cas isolé des call centers. C’est bien de la compétitivité des employés français, combinaison de productivité, de coût et de quantité de travail.

Au final, le travail français apparaît coûteux. C’est pourquoi il souffre d’être mis en concurrence. L’édification d’une ligne Maginot des appels téléphoniques est inapplicable.
Une proportion raisonnable d’emplois en off-shore est justifiée. ce n’est pas à la France de créer l’emploi à l’étranger, il doit en effet tout faire pour le favoriser chez lui. On ne peut pas dire que cela ait été fait pour les centres d’appels. L’automobile, les cafés-restaurants et les chauffeurs routiers ont été mieux écoutés.
Il faut accepter de rentrer dans le détail de notre secteur, de lancer une vraie concertation, au delà des instances supposées représentatives, écarter les écrans de fumées qui n’ont pas fait avancer les choses, mais ont tenté de masquer les vraies questions.

Il y a sans doute 1 million d’emplois à gagner, en acceptant que d’autres soient détruits, puisque les employés des centres d’appels ne font pas qu’assurer des prestations qui ne l’étaient pas.
Il y a à favoriser l’instauration d’un régime spécial de l’externalisation des centres d’appels. J’ai des idées à soumettre à notre ministre. Elles supposent d’être courageux. Mais à l’arrivée, elles sont réellement vertueuses, donc faciles à défendre vis à vis de toutes les parties concernées.

A bon entendeur…

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