Bien sûr, l’agro-alimentaire est un secteur dont l’ancienneté n’est pas comparable à celle du tout jeune secteur des centres d’appels.

Pour autant, les leçons à en tirer sont essentielles, car elles émanent de ces mêmes entreprises qui oublient ces enseignements utiles.

Acheter au juste prix en est un. Paul Bulcke n’est pas le dirigeant d’une entreprise mineure. Il dirige Nestlé. Il vient de faire au Monde une déclaration qui pourrait faire date : à 1800 dollars la tonne il y a 4 ans, le prix du lait ne permettait pas à la filière de vivre et d’investir normalement, à 3500 dollars aujourd’hui, c’est soutenable par l’industrie.

Parce qu’à 1800 dollars, le secteur n’est plus attractif, qu’il ne s’y développe plus de R&D, parce que l’offre va se raréfier.

Dans le domaine des call-centers, très discuté aujourd’hui par nos ministres qui s’interrogent sur la façon de rapatrier les emplois offshorisés, la question du juste prix doit être posé et traité. Le syndicat patronal est toujours incapable de le faire, se cachant derrière des effets d’annonce et des écrans de fumée. On créé des labels, on annonce une liste « Pacitel« , mais admettre que les problèmes de cette profession se résument à avoir cru pouvoir industrialiser les emplois de sorte de les sous-payer, c’est un pas qui n’a toujours pas été franchi.

Il nous a pourtant été simple de faire estimer la vraie valeur des compétences expertes de nos métiers : une description de poste à été adressée à une cinquantaine de cabinets conseils en recrutement, auxquels nous avons demandé de valoriser le salaire nécessaire à attirer un bon « commercial sédentaire », dont la fiche de poste n’était autre que celle de nos conseillers commerciaux en centres d’appels. C’est une différence de 35% par rapport aux salaires pratiqués dans les centres d’appels qui nous est revenue.

A ce salaire, ni la qualité des profils, ni leur recrutement ne serait un problème. Aujourd’hui, nos confrères se plaignent de ne plus pouvoir attirer les bons profils (et probablement de ne plus pouvoir offrir un service tel qu’il est annoncé dans leurs propositions).

Attirons les bons profils par des conditions de travail formidables, partageons cette politique avec les décideurs des entreprises, de sorte qu’ils soient assurés d’obtenir enfin la qualité qu’ils attendent, en payant le juste prix du service rendu. C’est le cercle vertueux que nous sommes en train d’installer. Ce n’est pas simple d’être celui qui dit les choses et qui prend les risques, mais bientôt, la situation sera telle que seuls ceux qui se seront engagés dans cette voie pourront continuer de travailler.

Il faut saluer Paul Bulcke d’avoir su dire la vérité et l’afficher clairement. Certes, c’est plus facile quand on est du côté des clients, et l’un des plus considérables d’entre eux. Nous sommes un prestataire, nous ne sommes pas le plus grand, il s’en faut. Mais l’histoire de notre métier pourra reconnaître qu’une fois de plus, nous avons tout fait pour montrer la bonne direction.

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